Marie-Jeanne Remet les Pendules à l’Heure

Le soir de Noël de Marie-Jeanne débuta avec une fée fracassant sa fenêtre, lui annonçant qu’elle l’emmènerait trouver un élément clé à sa quête, peut-être même à sa vie entière.

Marie-Jeanne était nouvelle dans le monde magique. À peine une semaine auparavant, Zeus lui donnait sa bénédiction pour l’aider à trouver la chose qui avait tué ses parents. Vous avez bien lu : « chose » et non « personne ». Selon le dieu du ciel, c’était sûrement l’œuvre d’un être magique d’un grand pouvoir.

Une fois la fée volatilisée, Marie-Jeanne se rendit compte qu’elle ne l’avait pas seulement emmenée quelque part, mais aussi à une époque différente. Lorsqu’elle prit connaissance de la date exacte, elle en devina instantanément la raison.

Le 10 Août 1765 à Gévaudan : un loup géant avait déjà laissé des dizaines de victimes sur son passage en seulement quelques mois. Le lendemain, en fin de matinée, une jeune femme du nom de Marie-Jeanne Valet blessa la Bête presque fatalement à l’épaule. Elle fut finalement achevée par un homme prénommé Jean Chastel deux ans plus tard.

C’était l’une des seules choses qu’elle avait apprises — et retenues — à l’école. Quelque chose dans ce mythe l’attirait ; peut-être était-ce le fait qu’elle portait le même nom que la protagoniste. Seulement maintenant se dit-elle que la raison pouvait être plus compliquée que cela.

À son arrivée, elle fit la connaissance d’Alex, une adolescente de son âge qui vivait dans les rues, « parce que je suis… différente, » avait-elle dit. Marie-Jeanne n’avait pas insisté sur le sujet. N’ayant aucun endroit où vivre et un emploi du temps libre jusqu’au lendemain — du moins, dans le cas de Marie-Jeanne — les deux jeunes femmes s’étaient entraidées et avaient forgé des liens déjà très serrés.

Dans la matinée qui suivit, Marie-Jeanne s’éclipsa sans réveiller son amie, s’épargnant la peine de devoir trouver une excuse valable. Elle remonta la rivière, à la recherche du mystérieux monstre que tous cherchaient à fuir. Elle était on ne peut plus préparée pour l’occasion. Ayant l’avantage de venir du futur, elle savait exactement où, quand et comment affronter la Bête. Peut-être changerait-elle-même le cours de l’histoire en excluant Jean Chastel du récit. Toutefois, il y avait un détail qu’elle ne put anticiper.

« Marie-Jeanne ! » une voix l’appela au loin derrière elle.

Alex. Elle l’avait suivie jusque dans la forêt.

« Tu ne dois pas aller plus loin, continua-t-elle, haletante. Ne sais-tu donc pas ? Un monstre— »

Le bruit d’une branche se cassant en deux la fit sursauter et l’empêcha de finir sa phrase.

« Alex, il faut que tu t’en ailles tout de suite— »

Soudain, un loup de la taille d’un rhinocéros atterrit devant les deux jeunes femmes, faisant trembler le sol. Elle les fixa de ses yeux rouge sang. La peur pétrifia Alex tandis que Marie-Jeanne brandit sa lance. C’était le moment : d’après la fée, elle gagnerait quelque chose d’indispensable dans sa recherche du meurtrier de ses parents.

Marie-Jeanne tenta plusieurs coups ; la Bête les esquiva un à un. Puis, elle passa à l’attaque. Elle chargea sur Marie-Jeanne, l’envoyant voler sur plusieurs mètres. Sa lance roula hors de portée.

Alex s’élança vers son amie et bondit en avant. Cependant, lorsqu’elle atterrit, elle n’était plus Alex, mais un loup colossal, d’une taille similaire à la Bête. On aurait presque dit que c’était fait exprès…

Les deux bêtes se tenaient à quelques mètres l’une de l’autre, la mâchoire serrée, le corps tendu, grognant, chacune défiant l’autre de baisser le regard.

Marie-Jeanne se releva. Elle se sentait de trop dans cet affrontement. Elle aperçut sa lance de l’autre côté des bêtes. Devrait-elle les laisser régler cela entre elles ?

Les prochains instants passèrent de manière floue : des griffes tranchèrent, des crocs s’enfoncèrent, des gémissements se firent entendre. Un loup fut projeté de l’autre côté de la rivière. Quelques secondes plus tard, Marie-Jeanne subit le même sort, s’écrasant sur l’animal.

Elle laissa échapper un soupir de soulagement quand le poids sous son corps s’affaissa et que le visage d’Alex apparut.

« Tu es un… un… Loup-Garou, Marie-Jeanne força le mot à sortir.

— Polymorphe, corrigea Alex. Je peux me transformer en tout ; humain, animal, objet. Ben dis-donc, les chances pour qu’on se rencon— Ta droite, ma gauche ! »

Elles se jetèrent sur le côté, évitant de justesse la Bête qui fonçait droit sur elles.

« De quoi ont peur les loups ? s’interrogea Alex.

— Normalement, je dirais des humains, mais celui-ci… »

Elle laissa sa phrase en suspens quand soudain, elle eut une idée.

« Personne n’aime le feu. »

Par chance, Alex compris à quoi elle pensait. L’instant suivant, un dragon vert émeraude s’éleva dans les airs.

Le dragon plongea vers la Bête tel une flèche et l’enveloppa de flammes. Marie-Jeanne profita de la distraction pour récupérer son arme quand un cri strident et inhumain lui fit faire volte-face.

Le dragon d’écrasa sur l’herbe. Les crocs du loup scintillaient d’une lueur rouge, mais Alex avait réussi sa mission. Le feu rongeait sa peau. Il fit exactement ce que Marie-Jeanne espérait : il bondit dans le cours d’eau.

C’était maintenant ou jamais. Marie-Jeanne n’était pas encore parvenue à utiliser ce pouvoir, malgré ses maintes tentatives la semaine passée. La Bénédiction de Zeus. Elle fixa son regard sur la Bête, fit abstraction de tout ce qui l’entourait et envoya une énième prière au dieu du ciel.

Snap.

En un claquement de doigt, la foudre s’abattit sur le loup, qui se tenait toujours dans la rivière. Son corps entier se crispa puis fit prit de spasmes.

Marie-Jeanne ne perdit pas de temps. Elle passa à l’action : agrippant sa lance de ses deux mains, elle enfonça la lame tranchante dans la poitrine du loup. Il porta sa patte à sa blessure, un geste presque humain, avant de s’effondrer et de se laisser emporter par le courant.

———Comme la consigne autorise des caractères en plus mais que le nouveau site ne le permet pas, la suite est dans les commentaires———

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