Marie-Jeanne Pique une Tête dans l’Atlantide

Comment en arrive-t-on à combattre une invasion de Pixies dans l’Atlantide ? Aussi étrange que cela puisse paraître, c’était le plus normal que Marie-Jeanne ait connu ces derniers mois. À la recherche du meurtrier de ses parents, elle avait eu sa part de bizarreries ; à commencer par la bénédiction que lui octroya Zeus au début de sa quête. Oui, les dieux existent ; grecs, nordiques ; les Vampires, Wendigos ; à sa connaissance, tout était réel, à l’exception des Zombies et pour cela, elle serait éternellement reconnaissante.

Tout devint de plus en plus étrange à partir de là : une randonnée avec des Loups-Garous au Mont Blanc ? Fait. Un week-end dans un hôtel géré par des Hommes des Sables ? Elle en était à peine sortie vivante mais c’était fait aussi. Échapper aux Trolls des Montagnes après avoir empiété sur leur territoire ? Fait les doigts dans le nez. L’un d’entre eux l’avait même rejoint dans son voyage. Son nom était Timo ; taciturne et peu expressif, il s’était tout de même montré très utile quand sa force herculéenne était requise.

De ses trois compagnons actuels, Marie-Jeanne connaissait Alex depuis le plus longtemps. Une Métamorphe, amie en or et ayant toujours le bon mot pour booster le moral de la troupe, Marie-Jeanne ne pourrait se passer d’elle.

La dernière recrue était Tristan, un Elfe d’à peine un mètre cinquante, habituellement armé d’un lance-pierres. Jusque-là, toute tentative de lui fournir une arme plus efficace fut infructueuse. Il s’était allié aux jeunes aventuriers lors d’une escale au Royaume des Fées, d’où un essaim de Pixies les avait suivis à leur insu.

Tout avait pourtant présagé une mission tranquille pour une fois : leur but n’avait jamais semblé aussi proche, ils avaient suivi le chemin indiqué par la Reine des Fées à la lettre et bien sûr… leur destination. L’Atlantide. C’était l’un de ces lieux dont l’on rêve étant enfant, tout comme le Pays Imaginaire ou Avalon. Si quelqu’un avait dit à Marie-Jeanne qu’un jour elle s’y rendrait, elle aurait explosé de rire. Ce jour-là, cependant, ses yeux ne manquaient aucune miette du spectacle.

L’histoire de la cité qui sombra sous l’eau était bien connue ; ce qui l’était moins, c’était qu’elle était loin d’être perdue. Le Roi Triton y avait bâti son Palais, ainsi qu’un foyer pour les tritons qui souhaitaient y vivre. Un champ de force la rendait invisible de l’extérieur : impossible donc de la trouver sans en connaître les coordonnées exactes. Même dans ce cas-là, une porte ne pouvait être ouverte que de l’intérieur.

Alors que des tritons — créatures aquatiques moitié-hommes, moitié-poissons — accompagnaient les quatre acolytes au Palais, Marie-Jeanne resta bouche-bée face à l’architecture. La cité était construite en cercles concentriques d’eau et de terre. Au centre, le Palais, digne des mythes grecs qu’elle connaissait, avec ses colonnes majestueuses et ses façades vêtues de mousse et diverses algues, surplombait le reste, donnant aux aventuriers l’impression d’être minuscule.

« Tu baves, MJ, prévint Alex.

— Même pas vrai, » balbutia Marie-Jeanne en essuyant sa bouche du dos de sa main.

Oui, Alex avait repéré la salive de son amie — s’il y en avait — sous l’eau car sinon, où se trouvait la magie ? L’Atlantide s’accommodait à quiconque y pénétrait. Les humains étant des êtres terrestres, Marie-Jeanne pouvait circuler sur les cercles de terre sans être ralentie par la friction de l’eau, tout en gardant sa capacité de respirer et ses cheveux secs. Cette cité était vraiment digne d’un rêve d’enfant.

Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, le rêve s’acheva aux portes du Palais, à l’arrivée des Fées miniatures. Les aventuriers passèrent à l’action immédiatement.

« Alex, fais ton truc ! s’écria Marie-Jeanne en dégainant son couteau.

— Aye aye, captain ! »

Elle se transforma aussitôt en un dragon vert sapin et fit une friture de Pixie. Timo, qui regardait la scène se dérouler de dessous, attrapa les créatures mortes et commença son dîner.

Les Pixies étant des versions plus petites, plus malicieuses des Fées, les capturer était d’autant plus difficile. Leur tactique consistait à s’accrocher aux chevilles de Marie-Jeanne pour lui faire perdre l’équilibre.

Ses talons heurtèrent la séparation entre le cercle terrestre et maritime et sa chute fut accompagnée par des rires aigus et sournois. Le cri devait être le sien.

Des griffes — non, des serres — agrippèrent son poignet.

« Je te tiens. »

Elle leva les yeux et sa vision fut submergée de vert.

De nouveau sur un sol solide et de forme humaine, Alex tenta de se débarrasser d’un Pixie dont les petits crocs acérés s’étaient plantés dans son index. Un autre s’attaqua aux cheveux de Marie-Jeanne.

Puis, d’un mouvement vif et fluide, les deux créatures se retrouvèrent projetées à plusieurs mètres. Marie-Jeanne fit volte-face, cherchant la source du projectile.

Tristan baissa son arme.

« Si j’en entends une se foutre de la gueule de mon lance-pierre encore une fois, elle va se prendre un — Ahhh ! »

Les filles n’eurent pas l’occasion d’entendre la sentence car Tristan se trouvait sur le chemin d’un triton affolé, poursuivi de deux Pixies particulièrement moqueurs. Il fut plaqué contre un rocher, l’air arraché de ses poumons.

Marie-Jeanne avait dans sa ligne de mire trois Pixies. Elle leva son couteau, expira longuement, et…

Chunk !

 « Pas mal ! la complimenta un requin vert émeraude, un morceau de Pixie pendillant de sa mâchoire.

— Eh, Timo ! Je t’ai fait une brochette de Pixie ! »

Il fallut plus d’un quart d’heure pour se débarrasser des envahisseurs ; après quoi le Roi Triton reçut les jeunes aventuriers, ne faisant aucun commentaire sur le désastre qui venait de se produire dans ses jardins ; les guidant même dans leur quête et offrant à Marie-Jeanne un coquillage qui lui permettrait de traverser les dimensions — ou un coquillage inter-dimensionnel, comme elle décida de l’appeler — avec pour seule explication : « Un jour, tu en auras besoin. Ce jour-là, tu n’en auras aucun doute. »

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