Le Choix d’Allison (critique)

         Salut les internautes, ici Simon Weiz, votre critique littéraire en ligne préféré. La nouvelle que je vais passer au crible aujourd’hui a été posté par une jeune auteure habituée de bookishspirits.com à laquelle beaucoup d’entre vous m’ont demandé de m’attaquer depuis des mois : Léa Hutinet. Je suis enfin en mesure de répondre à vos attentes, après avoir analysé sa dernière œuvre, Le Choix d’Allison, au microscope. Le verdict est prêt à tomber.

Je ne pense pas qu’il soit ce à quoi vous vous attendiez. Ne vous méprenez pas, c’est une bonne histoire. Si vous avez douze ans, max. En même temps, je pense que c’était l’intention de l’auteure, gardez-donc ça en tête lorsque vous lisez la critique d’un homme de vingt-cinq ans. Je vous fais un résumé vite fait : la nouvelle commence donc avec Allison et ses amies, gloussant à propos de garçons tout en essayant des robes pour le bal des troisièmes. En dehors de notre protagoniste, deux autres personnages sont importants. D’un côté, Tristan, le petit ami, avec qui elle est censée passer la soirée. De l’autre, Peter, un anglais rencontré sur Facebook, qui lui envoie des messages comme « fais de beaux rêves » mais qui est seulement son meilleur ami. Vous voyez où je vais avec ça ?

Première chose : le bal. Je ne sais pas vous, mais la troisième est pour moi une période de ma vie tellement embarrassante, socialement parlant, que jamais je n’oserais en parler volontairement, encore moins en public. Léa, elle, a osé, et je la félicite pour ça, mais croyez-moi quand je vous dis que cela a fait remonter de vieux souvenirs que j’aurais préféré oublier. Donc voilà, l’histoire se déroule au bal des troisièmes, j’imagine que tout le monde a connu ça, inutile d’en rajouter sur ce sujet.

Deuxièmement : triangle amoureux. Là encore, dois-je en dire plus ? Vraiment ? Qu’est ce qu’il se passe dans la tête de toutes ces auteures de fiction pour adolescents pour qu’elles se disent toutes « tiens, je ne vais pas donner à ma protagoniste une relation romantique potentielle, mais deux ! » Sérieusement, est-ce déjà arrivé à l’un de vous d’avoir deux mecs, ou deux nanas, à fond sur vous ? Si c’est le cas, bravo mon pote, mais pour le commun des mortels, c’est rare. Et chiant comme la mort, en plus. C’est du vu et revu, quand est-ce qu’on se renouvelle ?

Je vous rappelle que mon but n’est pas de descendre une jeune auteure qui cherche à se faire connaître en postant des nouvelles sur le net. Je respecte ça et sais mieux que quiconque ce qu’une critique écrite seulement pour rabaisser peut infliger au moral. Ce ne sont que des remarques personnelles que je peux sûrement mettre sur le dos du fait que je suis a) un homme b) de vingt-cinq ans.

Passons à une partie plus technique et à la suite de l’histoire. J’imagine que certains d’entre vous ont deviné ce qui arrive ensuite : Peter débarque au bal. Allison tente d’empêcher les deux garçons de se rencontrer tout en passant le plus gros de son temps avec Peter ; Peter se blesse ; Allison appelle sa sœur à l’aide afin que Tristan ne découvre pas ce qu’il s’est passé et la nouvelle s’achève avec la sœur offrant à Allison ses services dans le futur. Si cela vous semble familier, vous n’êtes pas les seuls. Car Maupassant a écrit cette histoire en premier. Bien sûr, tout dans ces deux nouvelles diverge, mais l’enchaînement des actions reste le même. Mais je suis de mauvaise langue : à me lire, on croirait que j’accuse l’auteure de plagiat. Elle précise elle-même sur son mur qu’il s’agit d’une réécriture de Une Ruse de Maupassant. Soit. Et c’est là que je vais me faire des ennemis. Vous allez dire que je suis vieux jeu, mais pour moi, les classiques (Hugo, Zola, Dumas et j’en passe), c’est sacré, on n’y touche pas. À chaque fois que je lis la réécriture de l’un de ces artistes, la même pensée me vient à l’esprit : « Mais pour qui elle se prend, celle-là, à se comparer à un dieu ? » On trouve dans le texte d’origine de la poésie, un vocabulaire riche, un bon rythme et un humour mesuré ; je cite : « Je suis même certain qu’une femme n’est mûre pour l’amour vrai qu’après avoir passé par toutes les promiscuités et tous les dégoûts du mariage, qui n’est, suivant un homme illustre, qu’un échange de mauvaises humeurs pendant le jour et de mauvaises odeurs pendant la nuit. » On s’attend à la même chose dans Le Choix d’Allison car l’auteure nous prévient qu’il s’agit d’une réécriture. Puis au bout de trente secondes, on se retrouve avec des phrases telles que « Que va dire Tristan s’il la voit danser avec un autre garçon ? Encore faudrait-il qu’elle danse. Sauf qu’elle ne sait toujours pas comment ! » Je suis désolé, mais si l’on choisit de réécrire un classique, on le fait bien, sinon, on ne le fait pas du tout.

Vous l’aurez compris, je n’ai apprécié ni le style, ni le sujet, ni le fait d’emprunter à Maupassant ce qui lui appartient. Cependant, ce n’est pas le cas pour l’auteure. Léa, c’est par simple malchance que Le Choix d’Allison s’est retrouvé sur ma pile, car c’est ta plus récente œuvre. J’en ai lu d’autres et si je devais te donner un conseil, ce serait celui-ci : laisse les Hugo et les Flaubert de côté et trouve ton propre style. Ne te compare pas à eux, n’essaye pas de faire comme eux. Tu devrais t’en tenir à ce que tu fais de mieux : nous écrire des histoires de mythes et de monstres et de coquillages inter-dimensionnels. Oublie Fantine, Don Juan et retourne vers Athéa, Marie-Jeanne et Lydia.

Pour cette dernière consigne de lecture critique de ses propres textes, j’ai principalement repris les commentaires reçus sur cette consigne C29F (je vais poster le texte d’origine dans les commentaires).

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